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Chine, censure et Internet 2

2 mai 2008

Non, je n’ai pas décidé qu’à partir de maintenant tous mes articles comporteraient plusieurs volets. Seulement, ayant récemment écrit sur la censure en Chine, je souhaite partager avec vous cet article trouvé sur le Journal du Net et consacré au même sujet. Ici, la question de la censure implique deux des principaux moteurs de recherche au niveau mondial: Google et Yahoo.

Apparemment, depuis quelques jours, les requêtes concernant Carrefour effecutées depuis les moteurs de recherche chinois, mais également depuis les versions chinoises de Google et Yahoo, renvoient une page ne contenant qu’un message d’erreur. Le site Google Blogoscoped y voit l’intervention des autorités chinoises, mais ne pense pas qu’il s’agisse de représailles faisant suite aux incidents qui ont émaillé le parcours de la flamme olympique à Paris. Selon le site, il s’agirait au contraire d’un moyen d’empêcher que l’appel au boycott lancé contre Carrefour ne s’étende encore. Une sorte de protection accordée à Carrefour, en somme.

Dans tous les cas, le Journal du Net soulève une question très pertinente: quelles que soient les motivations des autorités chinoises, si ce sont bien elles qui sont à l’origine de ce phénomène, cela impliquerait que les versions chinoises des moteurs de recherche internationaux sont directement contrôlables par le gouvernement, du moins jusqu’à un certain point.

Cette hypothèse, si inquiétante qu’elle soit, est loin d’être farfelue: Yahoo a été accusé à plusieurs reprises d’avoir fourni au gouvernement chinois des informations sur des utilisateurs de ses services, permettant ainsi l’arrestation et la capture de « dissidents politiques ». Quant à Google Chine, entre les noms de domaines non indexés (ceux de médias occidentaux ou d’associations de défense des Droits de l’Homme notamment), la censure des résultats concernant certaines recherches (dénoncée en 2006 déjà) et l’absence, dans Google News, de certaines sources d’opposition, sa relation avec Pékin est depuis longtemps extrêmement questionnable.

Ce fait en apparence anodin est loin de l’être en réalité; sur Internet ou dans le monde réel, les cas litigieux ayant vus des entreprises ou des gouvernements se plier en quatre pour signer des contrats et profiter ainsi de la phénoménale croissance de la Chine sont légion. La simple attribution des J.O. à la Chine en est l’exemple le plus médiatisé.

Etant diplômé HEC, je ne vais pas commencer à m’élever contre le capitalisme et traîner dans la boue ceux qui cherchent à faire du profit. Seulement, entre appât du gain et éthique, il existe normalement une ligne qu’il ne faudrait franchir sous aucun prétexte. Hélas, force est de constater que si les bénéfices potentiels sont suffisamment importants, l’éthique ne pèse pas bien lourd dans cette fragile équation.

Sur le même sujet, cet article fournit quelques éléments supplémentaires ainsi qu’une capture d’écran du message d’erreur en question.

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Chine, censure et Internet

24 avril 2008

C’est officiel, la Chine est désormais le pays le plus connecté du monde en termes d’utilisateurs: avec 220 millions d’internautes recensés (dont 11 millions d’internautes supplémentaires sur les deux derniers mois), la Chine vient en effet de dépasser les Etats-Unis. Cela ne représente toutefois que 16% de la population, une proportion encore faible comparée à un pays comme la France (56%). Ce chiffre est toutefois proche de la moyenne mondiale, qui se situe actuellement à 19%.

Si cette information n’est en soi pas d’une grande valeur (si ce n’est pour les annonceurs, qui ont là l’occasion de toucher encore plus de monde sur ce marché à la croissance explosive), elle remet néanmoins sur le tapis la délicate question de la censure. Les récents événements liés aux Jeux Olympiques l’ont suffisamment rappelé ces derniers jours: la liberté d’expression est un sujet sensible dans ce pays où le gouvernement dispose d’un contrôle total et absolu sur l’information.

Depuis les incidents ayant émaillé le parcours de la flamme olympique en France, Internet est devenu un vecteur de propagande et de manipulation de masse extrêmement puissant, destiné à positionner la Chine comme un pays victime de la vindicte injustifiée des méchants occidentaux. Ce phénomène est très inquiétant dans la mesure où la population chinoise n’a quasiment aucun moyen d’accéder à des informations venant de sources externes. Or, Pékin s’employant à ne diffuser qu’une sélection d’images minutieusement choisies (assorties de commentaires de circonstance), la façon dont la population chinoise appréhende les événements actuels ne peut qu’être profondément biaisée, imposée et partiale.

Si Pékin sait utiliser le réseau comme vecteur de propagande, elle sait également faire montre d’une terrible efficacité pour censurer les contenus n’allant pas dans le sens de sa politique. Récemment, c’est Youtube qui était victime de la répression informationnelle chinoise. Suite à la diffusion de films mettant en scène les violences exercées à l’encontre des Tibétains lors de leurs manifestations, le site de partage de vidéos n’affichait plus qu’une page blanche et un message d’erreur. On sait également depuis longtemps qu’il est impossible d’accéder depuis la Chine à des images des manifestations de Tian’anmen.

Avec l’augmentation du nombre de personnes connectées, le nombre de « dissidents » s’exprimant publiquement pourrait bien augmenter en conséquence; il est malheureusement peu probable que le système de censure chinois soit dépassé, ce qui annonce d’ores et déjà plus de répression, plus de condamnations arbitraires et des Droits de l’Homme toujours autant foulés aux pieds. A ce stade, j’avoue que je vois mal ce qui pourrait rendre à la Chine un semblant de liberté d’expression et d’information; ayant assisté récemment à l’attitude du reste du monde face à Pékin, je ne vois pas vraiment de quoi être optimiste là non plus.

Je terminerai avec un exemple frappant; il y a quelques mois, un site permettant de tester la « compatibilité » de n’importe quel site Web avec la Chine a été lancé (comprenez: cela permettait de savoir si une URL spécifique y était accessible ou bloquée). Je viens d’y retourner pour puiser quelques exemples, et j’ai eu la tristesse de lire ceci: « Because of the ever stricter measures of censorship China imposes on the Internet, the team of http://www.greatfirewallofchina.org at present can no longer vouch for the reliability of its test tool. We have therefore decided to take the test tool offline ».

De votre côté, quel futur voyez-vous pour la Chine et ses citoyens?