Wimbledon 2008: derrière les trophées, la symbolique

Hier, le tennis a connu l’un de ses plus grands moments. Comme le disait très bien un commentateur suisse, c’est le genre de match dont on dira dans 20 ans « j’y étais », ou simplement « je l’ai vu en direct ». Et pas seulement parce que le match en lui-même a été d’une exceptionnelle beauté.

En effet, au-delà des trophées, des dollars et des paillettes, cette édition 2008 de Wimbledon marque peut-être un tournant – provisoire – dans l’Histoire du tennis: l’avènement des bourrins. Cette tournure un peu brutale se base sur un constat très simple: depuis plusieurs années, le style de jeu des joueurs (et joueuses!) tend à s’uniformiser, mais dans le mauvais sens.

Je suis moi-même joueur depuis mon plus jeune âge, à un niveau bien plus modeste évidemment. Je n’ai pas un jeu particulièrement élégant; je suis plutôt du genre à frapper fort et essayer de finir le point rapidement. Ce schéma de jeu basé avant tout sur la puissance et la condition physique (choses dont, étonnamment, je ne dispose pas vraiment) est en train de devenir le modèle dominant sur les devants de la scène mondiale.

Ce constat est valable chez les hommes comme chez les femmes. Même si la surface de Wimbledon (le gazon, surface extrêmement rapide) avantage clairement les gros frappeurs, le fait que les deux Williams soient arrivées en finale quelques semaines après la retraite de Justine Henin n’est probablement pas une coïncidence. Les autres gros bras (c’est le cas de le dire) du circuit se nomment Sharapova ou Mauresmo, qui brillent moins par leur intelligence tactique que par leur puissance physique.

Edberg, Sampras, Rafter et maintenant Federer; l’Histoire du tennis a été marquée de ces formidables champions, qui non seulement survolaient les autres de leur classe, mais offraient un tennis d’une pureté incomparable. Les véritables attaquants, ceux pour qui la prise du filet et la volée gagnantes sont les seules options possibles, sont ceux qui savent déployer toute la formidable gamme de coups qu’offre le tennis.

Allier puissance et toucher de balle nécessite des capacités bien différentes. Tout comme maîtriser le jeu sur terre battue et le jeu sur gazon. Nadal est très prêt de gagner sur tous ces tableaux. Ses progrès sont exceptionnels, et sa volonté, sa rage de vaince ne peuvent que forcer l’admiration. Mais. Parce qu’il y a un mais.

Wimbledon, comme je le mentionnais, ce joue sur gazon. Surface de prédilection des attaquants, des adeptes du service-vollée. Des joueurs comme Federer. En se hissant au sommet de la hiérarchie du tennis mondial, Nadal a entraîné dans son sillage les prémices d’une révolution: il est maintenant possible de gagner Wimbledon en n’effectuant qu’un seul service-vollée dans le match – à 8-7 dans le 5ème set…

Loin de moi l’idée d’enlever du mérite à Nadal. Il m’a réellement impressionné durant cette finale, mais plus par son mental et sa détermination que par son jeu. Evidemment, on n’atteint pas un niveau pareil sans une technique et une rigueur tactiques exemplaires. Il n’empêche qu’au moindre pépin physique, je maintiens que Nadal est fini.

Son jeu repose tellement sur sa force et son endurance que sans ces atouts, le nouveau prince du tennis me paraîtrait bien démuni face à un Federer dont les principales qualités ne sont pas physiques, mais bien techniques et « inspirationnelles » (tous les commentateurs du monde s’accordent sur ses coups de « génie »). Il est le chef de file de la génération des bourrins.

Je respecte vraiment la performance de Nadal, tout comme celle de Venus Williams. Mais j’ai peur. J’ai peur que ce Wimbledon 2008 ait amorcé un mouvement dont le tennis sortira probablement perdant; un mouvement au sein duquel la force et la puissance des cris détermineront le classement ATP, reléguant les gardiens du beau jeu au rang de spectateurs. Si c’est là l’évolution que doit suivre le tennis, soit; mais quel dommage.

J’espère en tous cas que cette finale, même si elle fut perdue, fera taire tous les journalistes qui ont pris un malin plaisir à enterre Roger depuis des semaines. Il a livré un grand match, et a perdu contre un adversaire exceptionnel, plus fort que lui hier encore. Tomber sur plus fort que soi est inéluctable dans le sport; cela ne justifie aucunement la mise au pilori de celui qui nous a fait rêver pendant des années. Qui continue de le faire. Et qui, jusqu’à preuve du contraire, est encore numéro 1 mondial.

Hop Roger !

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