Football et patriotisme

A moins que vous ne viviez sur une île perdue dans le Pacifique, vous êtes probablement au courant qu’en ce moment se déroule le Championnat d’Europe de football. Difficile en effet de passer à côté, tant dans les rues qu’à la télévision. Les balcons et les voitures sont couverts de drapeaux, les enfants arborent fièrement les maillots de leurs joueurs préférés (certains adultes aussi d’ailleurs) et la rubrique sportive des journaux a doublé de volume.

Cela m’a rappelé une phrase prononcée il y a plusieurs années par mon professeur d’histoire – véritable génie au demeurant. Le phrasé n’était peut-être pas exactement celui-ci, mais l’idée est la même: « le sport est le dernier terrain de la fierté patriotique ». A part aux Etats-Unis, où de très nombreux ménages ont un drapeau planté en permanence devant la maison (à croire qu’ils ont vraiment des raisons d’être fiers de leur pays), je trouve ce constat extrêmement juste. Le foot étant vraisemblablement le sport le plus populaire et le plus répandu à l’échelle mondiale, l’exemple de l’Euro est encore plus parlant.

Je suis toujours impressionné par la ferveur des supporters, à la limite de la religiosité. A voir ces milliers de gens prier pour le succès de leur équipe, défaillir de joie lorsque celle-ci marque ou s’effondrer dans un flot de larmes lorsqu’elle est éliminée, on est en droit de se demander si un Christiano Ronaldo n’a pas plus d’influence que Jésus lui-même. Pour un peu, on s’attendrait presque à le voir marcher sur l’eau, même si les créatures qu’il accueille dans sa piscine et les activités qu’il y exerce ne seraient certainement pas du goût du Sauveur.

Alors oui, le foot, c’est sympa. Pour beaucoup de gens, dont je fais partie, c’est agréable à regarder (quand les Bleus ne jouent pas). Sans pour autant tomber dans les clichés, c’est souvent l’occasion de passer un bon moment avec des amis dans une atmosphère détendue, avec une bière bien fraîche à la main. Quand l’équipe que l’on soutient l’emporte, évidemment, ça fait plaisir. Bon, maintenant je voudrais poser la question suivante: si vous êtes Italien, votre vie a-t-elle radicalement changé après la victoire de votre équipe à la Coupe du Monde 2006? A l’inverse, si vous êtes Suisse, pensez-vous vraiment que l’élimination de la Nati dès le premier tour va avoir le moindre impact sur votre existence?

Ce que je veux dire par là, c’est que les réactions et les émotions suscitées par le football sont démesurément excessives (oui, tout ça) par rapport à l’importance réelle de ce qui se passe sur les terrains. Au bout du compte, ce n’est jamais qu’un groupe de mecs en short, honteusement surpayés, qui s’effondrent en hurlant dès qu’on leur souffle dans le cou et prennent des retraites de milliardaire à 30 ans. Je trouve assez incroyable qu’une nation entière puisse ne vivre que pour une bande de gominés en sueur pendant des semaines.

Petit test: qui sont Ara Hovanessian, Jean-Paul Briand et José Courty? Personne pour répondre? Vraiment? Voilà qui est dommage. Ces trois personnes sont des chercheurs du CNRS qui viennent tout récemment d’annoncer la découverte d’une molécule non toxique efficace contre le cancer. Cette molécule entraîne une « inhibition significative de la progessiuon de tumeurs, voire même dans plusieurs cas l’éradication de cellules tumorales », selon les scientifiques. Etonnament, je n’ai vu personne dans les rues; pas un drapeau, pas une banderole, pas un klaxon de voiture pour fêter cette extraordinaire découverte.

A croire que remporter une compétition sportive est bien plus important que découvrir un possible remède contre l’un des pires fléaux sanitaires de la planète. Y a pas à dire, c’est toujours réconfortant de voir qu’on évolue dans une société qui a le sens des priorités.

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2 Réponses to “Football et patriotisme”

  1. Jerry Says:

    Je te confirme, Tom et moi vivons sur une île perdue dans le pacifique 😀
    Cela dit, sur notre île, on n’avait pas non plus entendu parler de Ara Hovanessian, Jean-Paul Briand et José Courty. Mais on confectionner une banderole tout de suite, tiens, confectionnée avec les verso de feuilles déjà imprimées par souci d’économie de papier. Pour le klaxon, ça sera moins simple, vu qu’on n’a pas de voiture, mais je te promets de faire un effort avec la sonnette de mon vélo dans les jours qui viennent.

  2. Vince Says:

    Je suis ému aux larmes par tant de bonne volonté 🙂

    J’attends une photo de la banderole, je la publierai ici-même avec une mention spéciale!

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