On m’aurait menti?

Quelqu’un a dit un jour quelque chose du genre « le marketing, c’est l’art de pousser les gens à acheter quelque chose dont ils n’ont pas besoin ». Je ne me rappelle plus qui est l’auteur de cette situation, ni si ce sont précisément ces mots qu’il a utilisé (désolé, tout ça manque de sérieux). Quoi qu’il en soit, vous avez compris l’idée.

Que l’on soit d’accord ou non avec ce qui précède, le marketing est fondamentalement l’application d’un principe très simple: il y a différents types de consommateurs, et le but du jeu est de s’adresser à chaque type dans le langage qu’il comprendra le mieux. Si vous faites passer le bon message au bon moment et à la bonne personne, votre marketing est efficace.

Si le principe est simple, son application l’est beaucoup moins. Si vous relisez la dernière phrase, vous constaterez en effet qu’il y a trois moyens de se fourvoyer. L’un des exemples les plus frappants selon moi vient des films adressés aux jeunes (généralement des films de prévention). J’ai toujours été sidéré de voir à quels points ces clips sont caricaturaux: les jeunes sont systématiquement des racailles parlant le banlieusard couramment, et je ne suis pas persuadé que ce type d’amalgame soit plus intelligent qu’un autre.

Mais ce qui a motivé ce post, c’est M6. Je viens de regarder la fin de la saison 3 de Prison Break, qui était diffusée en exclusivité pour ceux qui n’ont pas encore Internet à la maison. La série a fait beaucoup de bruit depuis sa création, et l’audience attendue pour ce soir devait être significative. Les quelques rares « minutes de cerveau disponibles » (Etienne, si tu me lis) doivent valoir leur pesant de cacahuètes.

Heureusement, la publicité est un métier sérieux. Vu le pognon qui se brasse dans l’industrie, on est en droit de penser que les mecs savent ce qu’ils font. Typiquement, le principe de base du marketing, ils le connaissent. Enfin, normalement ils ont dû en entendre parler au moins une fois. Peut-être même que certains ont déjà pratiqué. Mais pas ceux de ce soir.

La coupure publicitaire du deuxième épisode avait commencé plutôt normalement (je ne me rappelle donc pas du spot). Deuxième pub: Vanish, la lessive miracle présentée dans son magnifique packaging rose carcéral. Moi aussi j’ai toujours su que l’audience type de Prison break c’était la ménagère qui recherche une lessive miracle pendant ses heures de loisir. Le bon message, à la bonne personne, au bon moment. Vous voyez comme c’est simple.

Troisième publicité: la brosse à dents Oral B Professional Care 8500 (ça c’est le nombre de mouvements à la minute, le style marteau-piqueur buccal pour les personnes victimes de l’embargo sur l’huile de coude). Là aussi, il y avait peut-être moyen de cibler le public avec un peu plus de précision.

C’est quand j’ai vu débarquer à l’écran la pub pour un anti-rides Nivea, suivie d’une deuxième pub pour de la lessive, que j’ai vraiment commencé à bloquer. Pendant un moment je me suis demandé si j’étais accidentellement passé sur la Nouvelle Star, mais non.

Alors oui, je sais, ne sombrons pas dans les clichés et les généralisations; tous les spectateurs de Prison Break ne sont pas forcément des wookies alcooliques et violents recherchés pour brigandage. Il est donc fort possible que ces publicités aient été bien ciblées pour une fraction de l’audimat. N’empêche, quand on vous a éduqué avec un certain nombre de croyances marketing, ça vous bouleverse d’être confronté à la (télé) réalité.

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4 Réponses to “On m’aurait menti?”

  1. Jerry Says:

    En tant que fille… Et donc, fréquentant des blogs de filles, des forums de filles, des dessinatrices fillesques, des magazines féminins… Je n’ai pas la télé, donc je n’ai jamais pu vérifier, mais j’ai cru comprendre par divers échos que les fort virils héros de « prison break » étaient aussi des sex-symbols très appréciés des femmes. Donc, oui, il y a sans doute plus de ménagères fans de cette série que tu ne l’aurais imaginé, mais on ne peut pas te jeter la pierre si le côté affoleur d’hormones des prison breakeurs t’a échappé…

  2. Vince Says:

    Fichtre, voici un point que j’ai peut-être négligé en effet!

    J’avoue que non seulement le côté « affoleur d’hormones » ne me saute pas au visage, mais je pense également que les hormones sont plus susceptibles de s’affoler chez une audience encore relativement jeune (genre nos âges).

    Je vois assez mal la ménagère cinquantenaire s’extasier devant nos repris de justice; si c’est toutefois le cas, alors bravo aux publicitaires et honte à moi pour cette mise au pilori injustifiée. Si en revanche le public est plutôt composé de jeunes minettes à la recherche d’un bad boy, je ne suis pas sûr que la crème anti-rides ou les lessives aient fait un carton 😉

  3. Monique Says:

    Mais est-ce que seule la ménagère de 50 ans achète de la lessive ?

    est-ce que le marketing ou plutôt la communication ce n’est pas aussi s’ancrer dans l’inconscient collectif, est-ce que les femmes de 20 ans aujourd’hui n’auront pas bientôt 50ans, et est-ce que dans notre monde moderne ce sont uniquement les ménagères de 50 ans qui achètent de la lessive ?

    Tchuuuuussss

  4. Vince Says:

    C’est un point de vue intéressant. Je m’interroge juste sur la pertinence de s’ancrer dans l’inconscient des gens qui ont aujourd’hui 20 ans pour leur vendre de la lessive quand ils en auront 50, sachant que d’ici là le réchauffement climatique nous aura forcés à adopter le naturisme à l’échelon mondial….

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