De la télé à la réalité

L’immigration est un sujet délicat et polémique dans bon nombre de pays. L’intégration des étrangers, le traitement des étrangers ayant commis des actes de déliquance ou des crimes, la naturalisation ou au contraire les procédures d’expulsion sont des sujets qui reviennent souvent au coeur de l’actualité politique et des préoccupations sociales.

J’avais publié l’an dernier un billet suite à l’éviction de Christophe Blocher du Conseil Fédéral. A l’époque, l’UDC (le parti de Blocher) avait jeté un certain voile d’opprobre sur la Suisse en utilisant pour sa campagne une affiche montrant un mouton noir expulsé du territoire par des moutons blancs.

A l’approche de la Votation populaire du 1er juin 2008, dont l’un des 3 objets s’intitule « Pour des naturalisations démocratiques », l’UDC a d’ailleurs réitéré cette brillante et intelligente manoeuvre en accouchant d’une nouvelle affiche tout aussi écoeurante que la précédente (le fil rouge derrière ces deux affiches est pour le moins limpide):

Affiche UDC

L’immigration étant donc un sujet sensible mais surtout omniprésent, il arrive fréquemment de voir un reportage à la télévision montrant des familles entières, parfois installées en Suisse (ou en France, ou n’importe où ailleurs) depuis des années, et que l’on somme soudainement de rentrer dans leur pays d’origine.

Aussi dramatique que soit une telle situation, elle souffre du même problème que les guerres ou les attentats à la voiture piégée: à force d’en entendre parler en permanence, les gens qui vivent ces situations de l’intérieur finissent par disparaître au profit des chiffres. Les victimes deviennent des pourcentages ou des statistiques parmi d’autres, et ce type d’informations nous passe sous les yeux sans susciter plus d’émotions que la météo.

Hier soir, la télévision s’est pour ainsi dire invitée chez moi. Vers 22h, on sonne à ma porte. Je vais ouvrir (réflexe ma foi assez naturel) et tombe nez-à-nez avec l’un de mes voisins de palier. Le plus sympathique d’entre eux. Mes voisins, dans l’ensemble, sont assez neutres: ni sympathiques ni antipathiques. Ils sont là, disent bonjour lorsqu’on se croise, ont parfois une légère tendance à hurler dans les escaliers ou à laisser leur porte ouverte mais sont globalement accomodables.

Ce voisin-là en revanche, je l’aime bien. Toujours souriant, toujours poli, toujours très calme et s’exprimant d’une voix douce et posée, il a en plus le mérite d’avoir des enfants en bas âge mieux élevés que bon nombre d’adultes dans mon entourage. Malheueusement, au vu des autorités, il a visiblement un problème majeur: il est étranger.

Quand j’ai ouvert ma porte hier, ce brave homme, timide et embarrassé de sonner chez moi à une heure pareille un dimanche, tenait à la main une feuille de papier et un stlyo. Il m’a expliqué que, domicilié ici depuis 16 ans, marié et avec 2 jeunes enfants à charge, il venait d’être notifié par les autorités qu’on voulait le renvoyer chez lui. Il faisait donc le tour de l’immeuble pour récolter des signatures contre cette décision.

Je mentirais en disant que le connais bien; je ne le croise pas souvent et nous discutons peu. N’empêche qu’après avoir discuté un peu avec lui et signé sa pétition, je suis retourné m’asseoir dans mon canapé profondément attristé. Ce n’est pourtant qu’un cas parmi d’autres, probablement à peine digne de servir de fait divers à la fin du 20h.

Y a pas à dire, quand ça touche quelqu’un qu’on connaît, ça fait pas pareil.

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