Qu’on damne la communauté internationale (1/3)

ATTENTION : après quelques mois d’efforts, j’ai fait une violente rechute au niveau éditorial : cet article est d’une longueur kilométrique. Il m’était toutefois impossible de traiter ce sujet, qui me tient à cœur depuis longtemps, en quelques paragraphes. Il sera donc publié en 3 étapes d’ici mercredi.

« La communauté internationale a condamné unanimement dimanche l’attentat contre un défilé militaire à Kaboul, dont le président Hamid Karzaï est sorti indemne. Elle a également assuré le chef de l’Etat afghan de son total soutien ». Voici l’accroche d’un article trouvé aujourd’hui sur le site de Romandie consacré à l’attentat du week-end dernier en Afghanistan. Cette phrase symbolise à elle seule ce que j’ai envie d’appeler le « syndrome de l’inutilité », un mal qui frappe malheureusement depuis longtemps déjà la communauté internationale. Mais au fait, la communauté internationale, c’est quoi ?

Difficile de répondre précisément à cette question. D’après Wikipédia, il s’agit d’une « […] notion un peu floue, sans fondement juridique particulier, qui peut signifier :

  • Les Etats membres des Nations-Unies
  • Tous les pays du monde
  • Les pays qui ont une grande influence internationale »

L’article souligne également les problèmes posés par cette esquisse de définition ainsi que les limites qui lui sont inhérentes. Par exemple, il y est écrit que « cette notion n’a de sens que quand les pays du monde s’expriment massivement sur un sujet » ou encore que « l’on rencontre souvent l’expression la communauté internationale est divisée quand des blocs ou pays importants s’expriment en sens contraire dans une affaire internationale ». Il me semble que les quelques éléments mentionnés ci-dessus relèvent d’un certain bon sens.

J’en viens maintenant au point qui me chagrine. A part « condamner » (unanimement ou non), que fait cette communauté ? J’ai développé envers cette notion de condamnation une animosité extrêmement vivace ; pas parce que je m’oppose au principe (bien au contraire), mais parce qu’il s’agit selon moi d’un arbre de relations publiques masquant la forêt politique. Qui ne condamnerait pas cet attentat à Kaboul ? Qui ne condamnerait pas les attentats politiques au Liban ? Les attentats de Madrid, de Londres ? Les massacres quotidiens perpétrés par des kamikazes en Irak ? Ou toute autre forme d’agression, de meurtre, ou de violence unilatérale ?

On ne peut décemment pas imaginer un monde dans lequel les communiqués de presse ressembleraient à ceci : « La communauté internationale se réjouit du quintuple attentat suicide qui a fait plus de 2’000 morts et 10’000 blessés dans une maternité pour enfants handicapés située dans une région déjà extrêmement pauvre du monde, victime de la famine et de la guerre civile depuis 50 ans et qui ne mérite aucune larme puisqu’elle a depuis longtemps perdu tout espoir de retrouver un jour un semblant de stabilité ». Diplomatiquement, ça ferait désordre. Nous sommes donc probablement tous d’accord pour dire que condamner des attentats dès lors qu’ils surviennent est la seule attitude publique possible…

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5 Réponses to “Qu’on damne la communauté internationale (1/3)”

  1. brownian Says:

    Ton idée me semble bonne sur cet exemple mais pas en général:selon moi, la formule ne masque pas (seulement?) un manque d’action politique mais plutot un consensus qui n’en est pas un: on utilise l’expression pour stigmatiser ceux qui n’adhére pas à l’avis majoritaire. Quand on dit la communauté internationale condamne les attentats, c’est une façon de rejeter à la marge quelques pays islamistes qui ont préféré une position silentieuse.

    « La communauté internationale s’alarme de la hausse des prix du pétrole »
    -> On exclut quelques pays producteurs qui refusent de revoir leur production à la hausse

    « La communauté internationale salue l’accord de paix entre Israel et la Jordanie »
    -> on vise ceux qui ont tout fait pour intervenir dans cet accord

    « La communauté internationale se mobilise pour la réduction de la dette des pays en voie de développement »
    -> Honte à toi pays si tu n’as pas fait un effort!

  2. Vince Says:

    Je suis tout à fait d’accord avec les exemples que tu donnes, mais j’émets quelques réserves quant au fait que ces fameuses condamnations de la communauté internationale ne visent que « quelques pays islamistes ». Ton 3ème exemple pourrait d’ailleurs concerner n’importe quel pays!

    Maintenant, il est vrai que l’on retrouve très souvent ce type de formulation à la suite d’un attentat ou d’une série d’attentats, et que ceux-ci sont souvent causés par des extrêmistes islamiques. La réaction de la communauté serait toutefois la même après un attentat de l’ETA par exemple.

  3. Jerry Says:

    Tiens, je pense que cet article t’intéresserait:
    http://www.le-tigre.net/Michel-Butel-la-presse-a-l-egal-d.html
    Notamment les trois derniers paragraphes, qui parlent des méfaits de l’abstraction et de la distance prétendument objective dans les média…
    J’attends avec impatience les volets 2 et 3 de ta « condamnation de la communauté internationale », en tous cas!

  4. brownian Says:

    tu as mal lu mes phrases. Ton exemple concerne les pays extremistes pas les autres exemples que je donnais.

    Globallement, je trouve que l’on appauvrit en permanence le contenu intellectuel de l’information; cela avait commence avec les ideologies (politiques) caricaturees par les partisans meme; maintenant nous en arrivons a l’appauvrissement du contenu factuel. L’ensemble est inquietant lorsque l’on pense que l’information est une grande richesse aujourd hui.

  5. Vince Says:

    @ Jerry: merci pour le lien, les 3 derniers paragraphes notamment sont, comme tu le mentionnais, très intéressants! Monsieur Butel est peut-être un peu trop catégorique à mon goût mais sur le fond je ne peux que le rejoindre, en particulier sur son aversion envers la surenchère de chiffres morbides.

    @ brownian: au temps pour moi, j’ai en effet mal lu ton premier commentaire!

    Le second m’a en revanche inspiré une première réaction amusante: en lisant ta phrase « Globallement, je trouve que l’on appauvrit en permanence le contenu intellectuel de l’information » et avant de réaliser que le commentaire ne venait de toi, j’ai cru avoir affaire à un partisan d’Andrew Keen qui décrit le Web 2.0 de la même manière 😉

    Là encore je ne peux que te rejoindre; je suis souvent hésitant avant de publier des billets sur des sujets de ce type, car j’ai conscience que les problèmes abordés sont complexes (je le répète d’ailleurs souvent) et je n’ai pas la prétention de connaître sur le bout des doigts toutes les facettes des problèmes en question.

    Je suis néanmoins à même de réaliser que l’information sous toutes ses formes est depuis longtemps en délicatesse. Qu’il s’agisse de censure comme en Chine, de proximité questionnable entre les médias et le pouvoir comme en France ou en Italie, ou simplement de distorsion et d’appauvrissement des messages, il devient de plus en plus difficile de se faire sa propre opinion sur les choses. Dommage, cela aura rarement été aussi capital qu’aujourd’hui!

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