Wikipédia, ou quand les efforts des uns sont entravés par la malhonnêteté des autres

Dans mon dernier article (qui date déjà d’un mois… dur de concilier le stage, la rédaction de mon mémoire et l’entretien de mon blog !) consacré au Web 2.0 et à la qualité, je mentionnais le cas de Wikipédia : la célèbre encyclopédie collaborative en ligne jouit visiblement d’un niveau de qualité dont bon nombre de sites basés sur les contributions des internautes ne peuvent se targuer.

Les co-fondateurs de Wikipédia n’étant pas pour autant décidés à se reposer sur leurs lauriers, un certain nombre d’initiatives visant à améliorer le sérieux et la crédibilité du site sont actuellement à l’étude. Des solutions allant dans ce sens ont récemment été proposées par deux professeurs d’université.

Steve Fuller (professeur de sociologie à l’Université de Warwick en Grande-Bretagne) propose de faire participer de manière obligatoire les étudiants de premier et deuxième cycle à travers le monde, ainsi que les étudiants effectuant un Master. Selon Steve Fuller, une telle démarche contribuerait non seulement à accroître la base de savoir (déjà conséquente) de Wikipédia mais aurait également pour effet de calmer les prétentions parfois un brin élitistes des chercheurs dans le système mondial du savoir.

Luca de Alfaro (professeur d’université en Californie) propose quant à lui deux mesures différentes visant à améliorer la pertinence des contenus :

  • Instaurer un système semblable à celui d’eBay dans lequel les rédacteurs seraient notés sur leur fiabilité et la qualité de leurs articles (probablement par les autres utilisateurs, même si je n’ai trouvé aucune précision à ce sujet) ;
  • Faire apparaître les nouveaux contenus en rouge, et les faire passer en noir après écoulement d’un certain temps sans qu’aucune correction n’ait été effectuée.
  • Malheureusement, là où certains redoublent d’efforts pour améliorer la qualité de Wikipédia et en faire un outil réellement fiable, d’autres ont décidé de l’utiliser à des fins bien moins nobles : qu’il s’agisse de supprimer des passages « gênants » ou de se lancer dans des opérations de propagande, les utilisateurs peu scrupuleux semblent être légion. En effet, Virgil Griffith (étudiant à l’Institut Sante Fe du Nouveau Mexique) a récemment développé un outil appelé WikiScanner qui permet non seulement de tracer toutes les modifications apportées à Wikipédia au cours des cinq dernières années, mais aussi (et surtout) de remonter jusqu’à leurs auteurs respectifs. Petit tour d’horizon des contributeurs de Wikipédia dont les intentions ne sont guère louables.

  • Le FBI a supprimé des images de la base de Guantanamo
  • Al-Jazeera a écrit que la fondation d’Israël était une chose aussi dramatique que l’Holocauste
  • La CIA a modifié plus de 300 articles concernant divers sujets, du président iranien à l’arsenal nucléaire chinois.
  • Nintendo a fait disparaître des passages consacrés au problème de lecteur de disques de sa console GameCube.
  • Sony a effacé des critiques concernant sa technologie Blu-Ray.
  • La société Diebold, dont les machines à voter sont fortement soupçonnées d’avoir permis à George Bush de remporter les élections en 2001, a supprimé une quinzaine de paragraphes la concernant ; sans surprise, les paragraphes en question concernaient le manque de fiabilité de ces machines et le soutien financier accordé à Bush par Diebold.
  • Toutefois, certaines modifications sont encore plus vicieuses car elles ne touchent qu’à quelques mots bien choisis. Le parti républicain de Bush a ainsi légèrement modifié plusieurs articles, à raison d’un mot par-ci par-là, mais en choisissant méticuleusement ses cibles : ainsi, dans un article consacré à l’intervention militaire des Etats-Unis en Irak, le mot « occupé » a été remplacé par « libéré » et le mot « résistance » par le mot « insurrection ». Malheureusement, cette liste pourrait être prolongée pendant des heures. Pour les curieux, il existe un site qui répertorie certaines des modifications les plus honteuses découvertes par WikiScanner.

    En conclusion, les fondateurs de Wikipédia auront fort à faire face à aux crétins opportunistes et sans scrupules qui viennent ainsi polluer ce magnifique effort collaboratif. Espérons qu’ils trouveront des parades permettant de limiter au maximum de tels abus, même si force est de constater que par sa nature, le Web 2.0 ouvre la porte à bon nombre de dérives comportementales dont la portée nous échappe peut-être encore.

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    2 Réponses to “Wikipédia, ou quand les efforts des uns sont entravés par la malhonnêteté des autres”

    1. Niko Says:

      eh ben cousin fort intéressant tout ça !! et dire que je viens de tomber sur ce site par hasard ^^

      good job

    2. Vince Says:

      Merci ;o) c’est bien, si tu es tombé dessus par hasard c’est que je suis bien référencé!

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