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Qu’on damne la communauté internationale (3/3)

30 avril 2008

L’exemple de l’attentat du week-end dernier à Kaboul est particulièrement parlant ; c’est d’ailleurs pour cela que j’ai décidé d’écrire cet article, tant cette notion de condamnation me fait dresser les cheveux sur la tête depuis des années. Regardez d’un peu plus près les déclarations mentionnées dans l’article:

  • Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unies, a condamné “dans les termes les plus fermes l’attaque contre le président Karzaï. Cette attaque contre les institutions légitimes de l’Etat afghan et le peuple afghan est inacceptable”.
  • Nicolas Sarkozy a assuré son homologue afghan de “l’engagement résolu et constant” de la France à ses côtés.
  • Angela Merkel a quant à elle fait part de sa “consternation” et assuré “qu’elle resterait engagée aux côtés de l’Afghanistan, de manière étroite”.
  • Le premier ministre pakistanais a assuré l’Afghanistan de son soutien dans son combat contre “l’ennemi commun” et contre le “terrorisme et l’extrémisme”.
  • Enfin, le ministre des affaires étrangères indien a souligné “la nécessité pour la communauté internationale de pratiquer la tolérance zéro vis à vis du terrorisme”.

Quand je vois tous ces beaux sentiments et toutes ces démonstrations de solidarité, j’en ai presque la larme à l’œil. A lire ces lignes, je me dis que notre monde est en de bonnes mains et que nous n’avons pas à nous en faire puisque tous les Etats semblent soudés et déterminés à éliminer les menaces qui planent sur notre 21ème siècle en plein pétage de plombs.

Seulement, c’est plus fort que moi : je ne peux pas m’empêcher de penser que la situation en Afghanistan est toujours tendue, sans vouloir sombrer dans l’euphémisme. Elle l’est toujours également au Pakistan d’ailleurs ; et en Irak ; et en Israël ; et dans toute la région du Golfe, pour faire simple. Je suis ravi de voir que tous ces pays se serrent les coudes et s’unissent face à ce qu’il faut bien reconnaître comme une menace d’ampleur mondiale, mais une fois encore, il faut admettre que ces beaux sentiments ne font pas le poids face à la sordide réalité du terrain.

Alors à vous, Mesdames et Messieurs les représentants du peuple au sein des gouvernements et des Nations-Unies, je voudrais dire :

  • Oui, votre tâche est difficile ;
  • Oui, nous vivons dans un monde globalisé ou toute action a des répercussions à l’échelle planétaire;
  • Oui, la nature et l’ampleur des menaces qui pèsent sur le monde appellent des solutions complexes, coûteuses et longues à mettre en œuvre ;
  • Oui, vous avez tous vos problèmes internes qui font que peut-être il est difficile de réellement s’intéresser à ce qui se passe chez le voisin ;
  • Oui, vous devez composer avec des régimes peu enclins à vous écouter et qu’il vaudrait mieux ne pas se mettre sur le dos.

Mais je voudrais aussi vous dire que c’est pour cela que vous êtes en place. Les gens ont voté pour vous (du moins dans tous les pays où Fox News n’a pas déterminé le résultat final des élections) pour que vous résolviez les problèmes que nous, individus, ne pouvons résoudre à notre échelle. Si tout ce que avez à nous proposer sont des condamnations véhémentes mais stériles, votre place n’est ni à l’Elysée, ni au Palais Fédéral, ni à la Maison-Blanche. Si vous n’êtes pas capables de fournir de meilleurs résultats que le premier venu, alors vous n’avez pas à jouir une minute de plus des avantages et de l’autorité conférés à vos fonctions.

Si vous n’êtes pas capables d’apporter des réponses aux véritables problèmes des gens et du monde, alors c’est aux peuples de vous condamner. Si l’Histoire ne s’en charge pas à sa place.

Qu’on damne la communauté internationale (2/3)

29 avril 2008

[...] Le problème est que les chefs d’Etat n’ont pas été élus pour condamner, mais pour agir.

Le problème est que l’on attend des Nations-Unies des actions, pas des condamnations.

Le problème est que depuis des années, toutes les personnes occupant des postes à responsabilités au niveau national ou mondial rivalisent de prouesses verbales pour trouver les tournures condamnatoires les plus lyriques, mais n’obtiennent aucun résultat sur le terrain. Au contraire, le rythme des attentas et des conflits internationaux n’a de cesse de s’accélérer. Mais n’ayez crainte, c’est une situation que la communauté internationale condamne avec fermeté. Ouf.

J’ai conscience que les problèmes et les enjeux impliqués ici sont loin d’être triviaux, et que leur résolution nécessite du temps, de la réflexion et des moyens. Je pense malgré tout que si nos chers dirigeants (ne voyez là aucune pique douteuse envers l’augmentation de 140% du salaire de Sarkozy) et représentants internationaux passaient moins de temps à enfoncer des portes ouvertes en condamnant des actes odieux et lâches, et plus de temps à appliquer des solutions concrètes, le résultat ne pourrait qu’être bénéfique pour tous. Cela aurait aussi comme effet de rendre un minimum de crédibilité à la scène politique et diplomatique internationale, de plus en plus dépassée par les événements.

Petit exemple fort simple (et pardon si j’ai l’air de pointer systématiquement les mêmes personnes du doigt) : l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis, sur la base de mensonges éhontés et d’une mauvaise foi historiquement inégalée (et aujourd’hui admise par Bush lui-même) est en train de mettre le Moyen-Orient à feu et à sang. Chaque action militaire américaine attise la haine des extrémistes envers l’Occident et provoque de nouvelles scènes de désolation que la communauté internationale s’empressera de condamner parce que quand même, c’est mal tout ça.

Le point intéressant est que, si ma mémoire est bonne, les Etats-Unis ont attaqué l’Irak malgré un véto du Conseil de Sécurité de l’ONU. L’administration Bush a déclenché une guerre préventive (concept inconnu jusqu’alors) qui s’est depuis avérée être un véritable cauchemar humain, financier et géopolitique. A l’époque, les manifestations populaires avaient été bien plus impressionnantes (en termes d’ampleur et d’énergie) que les démarches politiques émanant d’autres pays.

Voici donc la puissance de l’ONU, et de tous ces Etats souverains qui constituent cette communauté internationale ? Tous (ou presque) étaient contre la guerre. Cela n’a pas empêché les Américains de la déclencher. Force est de constater qu’aujourd’hui, la “communauté internationale” est une vaste farce, pleine de bonnes intentions mais sans aucun moyen (ou volonté?) d’action. L’ONU n’a absolument aucun pouvoir sur les Etats (les nombreuses sanctions prononcées envers l’Iran n’ont pas freiné les velléités nucléaires du président Ahmadinejad, pour ne citer que cet exemple), qui continuent de condamner publiquement tout ce qui peut l’être tout en suivant paisiblement leur agenda personnel. [...]

Qu’on damne la communauté internationale (1/3)

28 avril 2008

ATTENTION : après quelques mois d’efforts, j’ai fait une violente rechute au niveau éditorial : cet article est d’une longueur kilométrique. Il m’était toutefois impossible de traiter ce sujet, qui me tient à cœur depuis longtemps, en quelques paragraphes. Il sera donc publié en 3 étapes d’ici mercredi.

“La communauté internationale a condamné unanimement dimanche l’attentat contre un défilé militaire à Kaboul, dont le président Hamid Karzaï est sorti indemne. Elle a également assuré le chef de l’Etat afghan de son total soutien”. Voici l’accroche d’un article trouvé aujourd’hui sur le site de Romandie consacré à l’attentat du week-end dernier en Afghanistan. Cette phrase symbolise à elle seule ce que j’ai envie d’appeler le “syndrome de l’inutilité”, un mal qui frappe malheureusement depuis longtemps déjà la communauté internationale. Mais au fait, la communauté internationale, c’est quoi ?

Difficile de répondre précisément à cette question. D’après Wikipédia, il s’agit d’une “[…] notion un peu floue, sans fondement juridique particulier, qui peut signifier :

  • Les Etats membres des Nations-Unies
  • Tous les pays du monde
  • Les pays qui ont une grande influence internationale”

L’article souligne également les problèmes posés par cette esquisse de définition ainsi que les limites qui lui sont inhérentes. Par exemple, il y est écrit que “cette notion n’a de sens que quand les pays du monde s’expriment massivement sur un sujet” ou encore que “l’on rencontre souvent l’expression la communauté internationale est divisée quand des blocs ou pays importants s’expriment en sens contraire dans une affaire internationale”. Il me semble que les quelques éléments mentionnés ci-dessus relèvent d’un certain bon sens.

J’en viens maintenant au point qui me chagrine. A part “condamner” (unanimement ou non), que fait cette communauté ? J’ai développé envers cette notion de condamnation une animosité extrêmement vivace ; pas parce que je m’oppose au principe (bien au contraire), mais parce qu’il s’agit selon moi d’un arbre de relations publiques masquant la forêt politique. Qui ne condamnerait pas cet attentat à Kaboul ? Qui ne condamnerait pas les attentats politiques au Liban ? Les attentats de Madrid, de Londres ? Les massacres quotidiens perpétrés par des kamikazes en Irak ? Ou toute autre forme d’agression, de meurtre, ou de violence unilatérale ?

On ne peut décemment pas imaginer un monde dans lequel les communiqués de presse ressembleraient à ceci : “La communauté internationale se réjouit du quintuple attentat suicide qui a fait plus de 2′000 morts et 10′000 blessés dans une maternité pour enfants handicapés située dans une région déjà extrêmement pauvre du monde, victime de la famine et de la guerre civile depuis 50 ans et qui ne mérite aucune larme puisqu’elle a depuis longtemps perdu tout espoir de retrouver un jour un semblant de stabilité”. Diplomatiquement, ça ferait désordre. Nous sommes donc probablement tous d’accord pour dire que condamner des attentats dès lors qu’ils surviennent est la seule attitude publique possible…