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Quand 45 milliards ne suffisent pas

12 février 2008

C’est officiel depuis hier: Yahoo refuse les 45 milliards offerts par Microsoft le 1er février dernier, ce montant (pourtant honorable il faut l’admettre) ayant été jugé insuffisant par le Board. Microsoft a rapidement répondu avec un communiqué de presse, où l’on peut notamment lire que “les conversations que nous (Microsoft) avons eues avec les parties prenantes des deux sociétés montrent que l’accomplissement de cette transaction serait dans l’intérêt de tout le monde”.

Je ne suis pas particulièrement hostile à Microsoft; si je fais abstraction du fait que ses produits marchent systématiquement moins bien que les solutions concurrentes (qu’il s’agisse du navigateur, du lecteur média ou autre), je n’ai pas de reproches spécifiques à lui adresser. Pourtant, quand Microsoft dit que quelque chose “serait dans l’intérêt de tout le monde”, je ne peux pas m’empêcher d’entendre “cela nous permettrait de nous en mettre plein les fouilles tout en respectant notre longue tradition de pratiques déloyales et anti-concurrentielles”.

En d’autres termes, je n’ai aucune confiance en Microsoft. De plus, depuis quelques temps, la situation n’est pas rose pour la firme de Redmond: entre un nouvel OS fortement critiqué (pour ne pas dire plus), une incapacité totale à concurrencer réellement Google sur son terrain et une image de marque depuis longtemps rendue extrêmement friable par les pratiques mentionnées ci-dessus, Microsoft est comme un sanglier blessé et acculé: capable de tout. Cette métaphore peut sembler un peu extrême (nous ne sommes en effet pas encore en train de parler de survie pour Microsoft) mais elle me semble néanmoins assez réaliste.

Avec l’avènement du “Web en tant que plate-forme”, concept si cher au Web 2.0, il est déjà possible de déliver bon nombre d’applications à travers un navigateur. Si certaines d’entre elles sont encore de qualité tout à fait insuffisante pour s’imposer comme standard du marché, il n’en faudrait pas beaucoup pour qu’une alternative sérieuse à Microsoft Office émerge. Sachant que la suite bureautique rapporte des milliards de dollars chaque année, l’apparition d’un substitut de qualité, gratuit et accessible de partout ébranlerait les fondations de Microsoft de façon dramatique. Et Microsoft le sait.

Steve Ballmer est bien conscient de la situation dans laquelle il se trouve: si il n’arrive pas à rattraper Google sur Internet, il reste terriblement vulnérable à la fonte de ses parts de marché sur ses propres territoires. Or, le meilleur moyen de concurrencer Google est d’acquérir Yahoo… d’où mon scepticisme quant au fait que cette opération serait “dans l’intérêt de tout le monde”. Les actionnaires de Yahoo empocheraient certes un respectable pactole, mais ces bénéfices seraient dérisoires comparés à ce que Microsoft attendait d’une telle acquisition. Et on ne parle même pas ici de l’impact sur les consommateurs, sujet étrangement laissé de côté depuis le début de cette histoire. Les analyses concernant l’impact sur le marché ou les capitalisations boursières fleurissent, mais quid de l’internaute lambda derrière son ordinateur? Silence radio…

Pour l’instant, il semble qu’aucune enchère ne soit envisagée du côté de Microsoft. Vu la flambée du cours de l’action Yahoo ces dix derniers jours, il est également peu probable qu’une autre société tente à son tour un rachat (encore que… depuis l’annonce officielle de son refus, Yahoo a vu le cours de son action redescendre). Pourtant, les rumeurs continuent de batifoler sur la Toile, où certains se plaisent à parler d’un éventuel rachat de Yahoo par un autre géant comme Apple ou News Corp. Je vous l’avais dit: à défaut d’aboutir, l’OPA de Microsoft fait parler…

A défaut d’aboutir, ça fait parler

11 février 2008

A l’heure où les doutes s’amoncellent quant au succès de l’OPA inamicale lancée par Microsoft sur Yahoo (voir mon billet précédent), une chose est sûre: cette histoire a d’ores et déjà créé un buzz retentissant sur la Toile (un buzz à la hauteur de l’événement en fin de compte; pour ceux qui n’auraient pas suivi, ce billet offre un bon aperçu des conséquences d’une telle opération si elle venait à se concrétiser). En attendant le verdict final (qui est entre les mains du Board de Yahoo et de personne d’autre, faut-il le rappeler), nombreux sont les sites qui spéculent déjà sur l’issue de ce feuilleton ou sur ses conséquences déjà observables.

D’après le journal Le Monde, Yahoo essaierait de faire monter les enchères en réclamant à Microsoft 9 dollars de plus par action, soit une rallonge totale d’environ 12 milliards. La version française de Techcrunch publiait hier un billet consacré à la dégringolade du titre de Microsoft depuis l’annonce de l’OPA, alors qu’on y trouve aujourd’hui une rumeur concernant un éventuel rapprochement entre Yahoo et AOL (l’article original est paru sur la version anglophone de TechCrunch et reprenait visiblement un article du Times online).

En bref, personne ne sait avec certitude quelle sera la réaction de Yahoo, même si une majorité de gens semble penser que Microsoft peut d’ores et déjà s’asseoir sur son OPA. Qu’il s’agisse de Google ou d’AOL, tout porte à croire que Yahoo cherche à se rapprocher d’un autre acteur du Web plutôt que de se faire avaler par le géant de Steve Ballmer (auquel cas un partenariat avec Google ferait bien plus de sens). Quoi qu’il en soit, mon coup de coeur va à cette vidéo: à défaut d’être d’une grande aide pour Jerry Yang (actuel CEO de Yahoo), elle a au moins le mérite de rendre un peu de légereté à toute cette histoire.